L’électricité nucléaire nous met dans la panade face aux grands froids

L’Europe connaît ce mois-ci un épisode de froid intense.
En France, bien que l’on soit encore loin des records de froid du passé, cela complique sérieusement la distribution d’électricité. C’est que nous sommes le seul pays d’Europe aussi dépendant de l’énergie nucléaire. Si une transition énergétique plus franche n’est pas entreprise rapidement, nous n’avons pas fini de vivre des privations d’électricité. Car le nucléaire n’est pas la solution mais la cause de ces difficultés en période de grand froid. Ce sont d’ailleurs les sources renouvelables d’électricité (éolienne et photovoltaïque) qui évitent aujourd’hui des coupures.

L’énergie nucléaire n’est pas disponible à la minute, c’est ça le problème.
On parle souvent du caractère « intermittent » de certaines énergies renouvelables mais un réacteur nucléaire ne se pilote pas comme une chaudière au gaz. Il n’est pas du tout recommandé de le mettre en route dans la journée et de l’éteindre la nuit. Or, c’est précisément ce qui se passe avec la consommation d’électricité. Du moins dans les pays normaux. En France, afin de pouvoir écouler le trop plein d’électricité nucléaire, le chauffage électrique a été favorisé. Mais cela rend la consommation très variable et très sensible aux grands froids. Notre parc nucléaire est donc surdimensionné pour une consommation ordinaire mais il se retrouve sous-dimensionné quand vient l’hiver. Les restrictions qui pourraient s’imposer à nous cette semaine ne peuvent pas être résolues par le nucléaire. Au contraire, c’est le choix du tout-nucléaire en France qui nous met en difficulté.
Dans les autres pays, les centrales électriques s’arrêtent et redémarrent en fonction de la demande et ne sont pas soumises à de grosses variations dues aux besoins de chauffage. Parfois, cela implique de rallumer une centrale au charbon qui n’est pas du tout écolo. Parfois même, nos voisins font tourner leurs centrales au charbon juste pour nous vendre l’électricité qui manque à la France. Mais, au final, c’est en isolant les maisons au lieu d’y mettre des convecteurs électriques que l’on obtient à la fois le confort et la protection de l’environnement. Alors, que l’on ne nous ressorte pas la fable de l’Allemagne et du charbon ! Depuis que ce pays a mis en œuvre sa sortie du nucléaire, la part du charbon dans sa production d’électricité n’a jamais été aussi basse (passant de 57 % en 1991 à 44 % en 2014). Le plan officiel de production d’électricité de l’Allemagne prévoit la disparition du nucléaire en 2025 et du charbon en 2040. Cela va de pair.

L’énergie nucléaire est dangereuse.
Depuis plus d’un mois, la centrale de Dampierre-en-Burly connaît des difficultés avec un condenseur de sorte que la production est un peu réduite et les riverains importunés par un bruit assez insupportable. Impossible de savoir si cette situation est le signe d’un vieillissement dangereux ou pas. A ce sujet, EELV Ouest-Loiret appelle à participer au rassemblement organisé par des associations le vendredi 20 janvier à 12h30 devant le siège de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN, Orléans-La Source, 6, rue Charles de Coulomb).
D’autres problèmes très sérieux ont amenés l’ASN a stopper plusieurs réacteurs en France parce qu’ils ne présentent plus des garanties suffisantes de sécurité. C’est donc avant tout pour éviter une catastrophe atomique que la production d’électricité est trop faible face en cette période de grand froid.

L’énergie nucléaire est coûteuse.
Pour répondre avec l’énergie nucléaire aux besoins en électricité du pays, EDF devrait à la fois être en mesure de construire de nouveaux réacteurs EPR ou bien rénover totalement les centrales existantes pour en prolonger la durée de fonctionnement au delà de ce qui avait été prévu. Aucune de ces deux solutions n’est raisonnable du point de vue du risque d’accident (la cuve de l’EPR en construction à Flamanville, notamment, est défectueuse). Dans ces conditions, poursuivre le programme nucléaire français serait tout simplement ruineux. La société AREVA est déjà en faillite et c’est ce qui attend même EDF si elle ne prend pas le tournant des énergies renouvelables. Celles-ci sont de plus en plus rentables et, pour certaines, produisent déjà de l’électricité moins chère que le nucléaire. Sans parler des coûts cachés de cette filière qui ne sait correctement gérer ni ses déchets ni le démantèlement des centrales. Plusieurs scénarios (ADEME, Négawatt, Virage énergie Centre Val-de-Loire) montrent que la transition par les économies d’énergie et le recours aux renouvelables est plus efficace, avec des investissements moins lourds et en créant beaucoup plus d’emplois.

Pour ne plus connaître cette situation de quasi pénurie d’électricité, il faut dès maintenant sortir du nucléaire.
En aidant les Français à économiser tout en améliorant leur confort thermique, en soutenant les entreprises qui proposent des alternatives, les pouvoirs publics peuvent préparer notre pays à des épisodes de froid intense tout en dynamisant son économie.

2 commentaires pour “L’électricité nucléaire nous met dans la panade face aux grands froids”

  1. Cette affirmation vient de Lapalice ? Le stockage de l électricité est encore au stade embionnaire !! Mais heureusement que nous ne sommes pas que sous éolienne ou panneau solaire sinon pour le coup nous aurions eu des coupures. Donc oui a l énergie propre mais il faut d abord trouver un substitut sérieux au nucléaire et ne pas s engager juste parce que c est écolo. La population française veut une énergie propre mais pas a n importe quel prix. C. Plotin.

  2. Eh bien, même en France, il est envisageable de se passer de nucléaire et de coupures (ce qui est le cas de la plupart des autres pays).
    La transition ne peut être instantanée, bien sûr. Et il faut aussi se passer des énergies carbonées comme le fuel ou le charbon. Dans cet article, il est question des multiples scénarios qui permettraient à terme de passer à 100% d’électricité renouvelables. Le plus « officiel » de tous est celui de l’ADEME : http://www.ademe.fr/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations
    Quant au prix, une fois que les contribuables auront fini de payer pour AREVA, on en reparlera …

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